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Au-delà d’Aline : quand Valérie chante

J’aime les gens qui doutent…

Et j’aime les voix « imparfaites »

Hier j’ai regardé l’extrait d’une émission
Dans laquelle Valérie Lemercier, l’interprète d’Aline,
Chantait en duo avec Victoria Sio (qui prête sa voix chantée à Aline dans le film).

Victoria est une interprète hors pair et sa performance est absolument bluffante.
Son travail sur le film est extraordinaire.

Lorsqu’elles chantent en duo,
À côté d’elle, bien sûr, Valérie n’a aucune technique.

Pourtant, c’est la voix de Valérie Lemercier
et son interprétation qui m’ont touchée en plein coeur.

Sa voix, c’est la voix de mes élèves débutants quand ils viennent me voir
Conscients de leurs « lacunes techniques »
Et qu’ils semblent attendre de ma part une autorisation pour « chanter quand même ».

C’est la voix de ma maman le matin dans la salle de bain,
quand elle reprend sans y penser un refrain que j’ai entonné dans la cuisine.

C’est la voix de ma tante qui résonne dans l’escalier à chaque réunion de famille,
qu’on surnomme la « pinson » parce que depuis que je suis née, je l’entends chanter ;
elle n’a aucune connaissance technique, elle n’a jamais pris un cours de chant. Et elle s’en fout : elle chante.

C’est la voix des petits enfants qui reprennent en yaourt le refrain d’une chanson qu’ils ont entendue dans un dessin animé.

J’aime et je suis
Immensément reconnaissante de cette joie naturelle de Valérie Lemercier
À simplement venir chanter sur scène comme elle est, comme ça lui vient,
Sans armes techniques. Sans stratégie. En toute
Vulnérabilité.

J’aime les voix naturelles, singulières,
incertaines et courageuses.

Moi qui ai passé
Des heures, depuis des années,
À travailler ma technique vocale, parfois je me demande : pourquoi je fais ça ? Pour gommer des « défauts » ? Pour gagner en « expressivité » – ça veut dire quoi ? En légitimité ? Pour me sentir plus « apte » à m’exprimer devant les autres ? Pour éviter de me rendre ridicule ? Pour correspondre, un peu plus, à des standards esthétiques ?

Jusqu’où va la quête de technicité ? Et surtout, dans quel but ?

Car bien sûr la vérité est que, maîtriser la technique permet aussi des tas de choses extras, comme : chanter longtemps sans se fatiguer, atteindre des aigus précis sans se faire mal à la gorge, gagner en fluidité, mieux respirer, etc.

En tout cas c’est aussi des questions que j’invite mes élèves à se poser,
Quand ils viennent prendre des cours avec moi.

Il n’y a pas de vérité.
La pratique vocale, c’est du
Funambulisme.

Combien de fois il m’est arrivé de recevoir un élève pour la première fois,
De l’entendre chanter, et d’avoir envie de dire :

Techniquement c’est vraiment pas « standard » ; mais je t’en supplie, ne change rien, ou pas trop : car ta voix comme je l’entends maintenant, elle est parfaite, elle est belle,
Elle a tout, tout ce qu’il faut pour dire tout ce que tu as à dire –
et la seule imperfection qui soit, là, dans ce que je viens d’entendre,
c’est dans ton regard sur toi-même qu’elle se fabrique une réalité.

C’est dans ta propre appréciation et dans ton propre jugement
De ce qui en toi est « performant » et « non performant ».

Et ce duo Valérie – Victoria
Est pour moi comme le symbole
D’une réconciliation puissante, harmonieuse et juste
Entre performance
Et non-performance.

En vérité, tu n’as pas besoin de « savoir chanter » pour vouloir chanter.
Tu n’as pas besoin de « savoir chanter » pour oser chanter.
Tu n’as pas besoin de « savoir chanter » pour bouleverser quelqu’un
Avec le son de ta voix

Avec cette unique empreinte de toi
Dans l’espace sonore

Tu n’as pas besoin de « savoir chanter » pour toucher un coeur

  • Et si tu as touché un coeur, tu peux en toucher mille.

Pour réécouter ce duo :

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